Respirer pour eux, ils sont moi, je suis eux

RESPIRER profondément et revenir à ma toute 1ère respiration extra-utérine - après une vie aquatique en eau de mère - gravée dans chaque cellule et sur la 1ère page du livre de mon histoire,

RESPIRER calmement afin de ralentir cette course effrénée, cet emballement qui m'éloigne du Souffle originel,

RESPIRER la Nature, Source vitale au bord de l'étouffement,

RESPIRER pour effacer les colères blanches sur le tableau de mes idées noires,

RESPIRER l’écoulement du temps, simplement, sereinement, et apprivoiser l’insoutenable attente,

RESPIRER pour ralentir les mouvements du corps, mes actes, mes pensées,

RESPIRER la danse, Ma danse, et agrandir l'espace,

RESPIRER l’observation, l'introspection, la démesure de cette dimension,

RESPIRER le solfège des sons du dedans, des chants du dehors,

RESPIRER les livres et balancer les images sur l’écran de ma solitude,

RESPIRER l’Inconnu et le prendre dans mes bras,

RESPIRER l'Amour du Monde, nourriture éternelle de L'Âme,

RESPIRER la symphonie du Silence avant qu'elle ne s'achève,

RESPIRER les Vents subtils et les Eaux profondes,

RESPIRER le vide d'impossibles rêves, d’imaginaires insoupçonnés, d’inspirations inépuisables,

RESPIRER l’innocence et l’insouciance enfantine, l’émerveillement d’un rien qui est TOUT,

RESPIRER les libertés oubliées puis dissoudre l’emprise,

RESPIRER comme les arbres que je croyais immobiles,

RESPIRER à moi-même, aux autres, à la Terre et l’Univers,

RESPIRER ces multiples vibrations sur lesquelles l'isolement n’a aucun ascendant !

 

...Puis enfin,

RESPIRER nos défunts et leur offrir des ailes pour un ultime envol,

RESPIRER la nécessaire gratitude envers les « 1er de corvées », toujours en ligne d'oeuvre et de risque,

RESPIRER l’indispensable compassion pour tous les malades, ainsi que pour tous les oublié-e-s, délaissé-e-s, prisonnier-e-s des tragédies du Monde, aux portes de l'Europe, au dedans, en mer, en France, à Nantes...

...Innombrables abandonné-e-s de ces temps coronés.

 

Alors RESPIRER encore pour eux, ils sont moi, je suis eux.

Dan Trutet - le 16 mars 2020